Bon, c'est vrai, j'avoue. Je me suis gréé quelques jours de vacances. Nous sommes partis, avec ma charmante épouse, Christine, sur une île grècque : l'île de Rhodes. Et comme toujours, quand on revient de vacances, on gave les gens que l'on croise avec nos fabuleuses photos exceptionnelles (alors que l'on se contente en fait de reproduire, en plus moche, les cartes postales que l'on a vues). Vous n'y échaperez donc pas (voir ci-dessous).
Avec les photos, il y a toujours les tas d'anecdotes associées : "là, c'est quand j'ai sauté d'une falaise de 300 mètres de haut, là, c'est quand j'ai pêché un requin à mains nues (comme le type de Koh-Lanta), là, c'est quand on nous a servi de la cervelle de babouin alors qu'on avait commandé du poulet, on a ri, on ne pouvait plus s'arrêter".
Donc, vous n'échaperez pas non plus à mon anecdote de vacances (ou plutôt de pré-vacances). D'abord, de départ vacances, il a failli ne pas y en avoir du tout. Nous devions en effet prendre l'avion mardi dernier à 15h20. Or à 13h, j'étais toujours aux urgences, à l'hôpital, avec un baxter accroché au bras. Je m'étais en effet réveillé le matin même avec une douleur dans le bas du ventre, côté droit, que j'avais immédiatement diagnostiquée (je suis médecin amateur à mes heures perdues) comme une crise d'appendicite aigüe. Une rapide recherche sur internet confirma mon diagnostic implacable. Je ne pouvais pas prendre le risque de partir dans cet état sur une île inconnue. Je m'imaginais déjà sur un lit rouillé dans le couloir d'un hôpital insalubre foudroyé par une péritonite.
Ni une, ni deux, en route vers les urgences. Assis à côté de bras cassés (faciles ;-) ) et d'entorses en tout genre, j'attends mon tour pendant une heure. Etant entré à 10h30, il est maintenant 11h30. Enfin, on m'appelle. Le médecin me pose les questions d'usage et je luis fais part de mon diagnostic personnel. Il me palpe le ventre, l'infirmière me fait une prise de sang et me place un baxter. Comme je le craignais, le médecin (très sympathique au demeurant) est anxieux. "A première vue, il s'agit d'une crise d'appendicite, je vais demander l'avis du chirurgien et vous faire passer un scanner. On va aussi attendre les résultats de l'analyse de sang". Quelques minutes plus tard, le chirurgien apparaît, il est déjà 12h15. C'est un jeune type pas très agréable qui ne semble pas envahi par le doute. Et puis, cette manie de me parler comme à un débile profond alors que je suis parfaitement lucide. Très énervant... Il me palpe et tire la même mine que son confrère : pas très rassurant. Ses conclusions sont les mêmes, il faut attendre les résultats des autres analyses mais à priori, il faudra opérer.
Me voilà donc au scanner, il est 12h40. "Dire que je devrais préparer mes valises pour partir au soleil", pensais-je... "Enfin, même s'ils ne sont pas de soleil, j'ai toujours les rayons". Oui, je sais, c'est moyen mais quand je suis stressé, mon humour se dégrade aussi. Je sors du scanner et retourne au bloc des urgences. Soudain, je me rends compte que l'infirmier du scanner a mal remis le baxter, je pisse le sang... sur mes chaussures. Blanches au départ, elles sont maintenant d'une jolie couleur rouge. J'essuis comme je peux, pour les lacets, c'est foutu. Nous croisons le médecin qui nous confirme que les analyses ont détecté une légère inflammation. Avec Christine, nous attendons les résultats du scanner franchement dépités, il est 13h et nous devrions être en route vers l'aéroport. Nous voyons tous les deux nos vacances de rêve nous passer sous le nez.
Soudain, le médecin entre dans la pièce le sourire aux lèvre : "j'ai de bonnes nouvelles, le scanner n'a rien montré. Vous ne souffrez pas d'une crise d'appendicité mais probablement d'un petit problème viral bénin. Vous pouvez partir en vacances". Je lui aurais bien sauté au cou... mais bon, je me retiens. Il rédige son ordonnance.
Je suis franchement heureux de ne pas devoir être opéré mais rien n'est gagné : nous devons rentrer à la maison, finir les valises, passer à la pharmacie et aller à l'aéroport situé à 40 Km. Il est 13h15 et nous sommes à la maison : c'est l'horreur, plus le temps de réfléchir à ce que nous devons emporter. Tant pis, tout est mis pêle-mêle dans la valise le plus rapidement possible. La pharmacie maintenant, il est 13h25, elles sont toutes fermées, c'est l'heure du déjeûner. Le sort s'acharne. Je téléphone à l'aéroport pour prévénir de notre retard, nous devions être à l'aéroport deux heures avant le décollage. Sans les médicaments, nous arrivons à l'aéroport conduit par la mère de Christine, tenue au courant de nos péripéties. Nous courrons vers le guichet, il est 14h. "Nous avions été prévenus, vous arrivez à temps. Voici vos billets". Entre-temps, la mère de Christine a trouvé les médicaments. Ouf !
En passant les contrôles de sécurité, le vigile fixe soudain son regard sur mes chaussures. "Le sang", pensais-je. Comment lui expliquer ? Il m'invite à le suivre
et me palpe mais ne pose aucune questions sur mes souliers rouges bizarres.
Quelques minutes plus tard, j'étais dans l'avion. Le début des vacances...


